Variations autour du hakama - 1
Le legs du hakama
Le bureau du notaire où se trouvait la vieille dame était dans la pénombre. Il sentait bon le printemps et ses timides odeurs naissantes d'arbres et de plantes en fleur. Une douce lumière irradiait les meubles encaustiqués de la pièce où elle se trouvait depuis une heure. Sa tâche était loin d'être terminée quand elle s'arrêta. Si son regard se fixa dans un premier temps sur les yeux sombres du vieux monsieur qui était en face d'elle, il finit par s'évaporer dans l'atmosphère printanière semblant ranimer les vieux meubles tout autour d'elle. À vrai dire, tous ces legs à faire l'ennuyaient. Son esprit était ailleurs depuis un certain temps. Et aujourd'hui plus que jamais. Elle songeait de plus en plus souvent à son hakama; elle l'avait soigneusement plié dans le coin d'une armoire que son arrière-grand-mère lui avait donné. Il semblait ne jamais avoir servi, et c'est bien ce qui l'ennuyait. Elle ne comptait plus les kochi, les nikkyo ou les... qu'elle avait faits pendant ses quarante années consacrées à l'aïkido. Son hakama n'en portait pas trace ; tout son travail semblait s'être évaporé dans l'atmosphère, et aucun des éléments ne se l'étaient approprié. Eux aussi étaient passés, semble-t-il, au travers du travail. Comme si de rien n'était, comme s'il ne s'était jamais rien passé.
Jamais, se dit-elle à nouveau, elle n'avait transmis ce qu'elle avait appris. Durant ces longues années, elle avait écouté la voix du maître sans jamais lui répondre. Cette voix sans écho sonore se faisait encore entendre en elle. Une chose essentielle à son art paraissait lui avoir fait défaut du début à la fin. Elle put enfin se le dire. C'est pourquoi elle ne fut pas trop étonnée de s'entendre dire : « Je lègue mon hakama à ma petite fille C... Lélier » Elle put difficilement réprimer un sourire. Allait-il savoir écrire hakama, pensa-t-elle non sans malice. « Cela s'écrit toujours avec un h, lui rétorqua-t-il. » L'oeil du vieil homme pétillait, mais sa main tremblait. Les rayons timides du soleil parvenaient à inonder la pièce. « Nous avons fait quelques ikkyo et nikkyo ensemble. Tours 19..., ajouta-t-il. » Elle finit par lui sourire. Quelque chose était resté de sa pratique. C'est avec un plaisir manifeste qu'elle lui redit : « Je lègue mon hakama à ma petite fille C... Lélier. »
Le printemps était à présent dans leurs yeux.

Jamais, se dit-elle à nouveau, elle n'avait transmis ce qu'elle avait appris. Durant ces longues années, elle avait écouté la voix du maître sans jamais lui répondre. Cette voix sans écho sonore se faisait encore entendre en elle. Une chose essentielle à son art paraissait lui avoir fait défaut du début à la fin. Elle put enfin se le dire. C'est pourquoi elle ne fut pas trop étonnée de s'entendre dire : « Je lègue mon hakama à ma petite fille C... Lélier » Elle put difficilement réprimer un sourire. Allait-il savoir écrire hakama, pensa-t-elle non sans malice. « Cela s'écrit toujours avec un h, lui rétorqua-t-il. » L'oeil du vieil homme pétillait, mais sa main tremblait. Les rayons timides du soleil parvenaient à inonder la pièce. « Nous avons fait quelques ikkyo et nikkyo ensemble. Tours 19..., ajouta-t-il. » Elle finit par lui sourire. Quelque chose était resté de sa pratique. C'est avec un plaisir manifeste qu'elle lui redit : « Je lègue mon hakama à ma petite fille C... Lélier. »
Le printemps était à présent dans leurs yeux.



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